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Quand le supérieur des Jésuites s’illustre de triste manière

Pere Arturo Sosa Abascal

Le nouveau préposé général des Jésuites1 nous explique qu’il convient de réinterpréter la parole du Christ telle qu’elle est rapportée par les évangélistes.

Dans ce numéro de Famille d’Abord, vous auriez tous aimé lire un texte encourageant qui aurait relaté les actions entreprises à Rome et dans les diocèses de France et du monde pour favoriser explicitement la sanctification des familles. Hélas, une fois encore, ce sont plutôt des textes controversés qui font l’actualité.

Les Lineamenta tout d’abord, document préparatoire pour le Synode des évêques de 2018 sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations, transmis à chaque Conférence épiscopale pour « la phase de consultation de l’ensemble du peuple de Dieu ». Il y est beaucoup question pour les jeunes de « leur recherche du sens à donner à leur vie », de « joie de l’amour et de vie en plénitude », « que leur vie soit une bonne expérience », « que venir au monde signifie rencontrer la promesse d’une vie bonne », de « vocation à veiller sur les autres », d’une foi qui « devient lumière pour éclairer tous les rapports sociaux en contribuant à construire la fraternité universelle entre les hommes et les femmes de tous temps », de « servir la croissance humaine de chacun », de « parcours de maturation de la liberté », sans parler du « pèlerinage comme forme et style de cheminement », du sport comme « ressource éducative proposant de grandes opportunités ». Quand est abordée la « culture dominante », c’est pour pudiquement faire état « d’éléments souvent en contraste avec les valeurs évangéliques ». Et de s’en approprier la sémantique pour évoquer « la différence entre le genre masculin et le genre féminin [qui est] à l’origine de formes de domination, d’exclusion et de discrimination dont toutes les sociétés ont besoin de se libérer ». De salut des âmes ou d’esprit de sacrifice, nulle mention ! Ce qui est un comble s’agissant d’une vocation sacerdotale ou religieuse…

Nous pourrions aussi évoquer la réflexion en cours au Saint-Siège sur la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés, d’âge mûr et impliqués dans la vie de l’Eglise, comme le pape François en a fait état dans un entretien au journal allemand Die Zeit le 9 mars 2017. Toutefois, les Dubia des cardinaux Burke, Brandmüller, Caffara et Meisner de septembre 2016 n’ayant toujours reçu aucune réponse du Saint Père, il serait éclairant de partager avec vous ces quelques extraits du tragique entretien donné, en janvier 2017, par le nouveau supérieur général de la Compagnie de Jésus1, le Vénézuelien Arturo Sosa Abascal au Giornale del Popolo de Lugano2 :

QUESTION – « Le Cardinal Gerhard L. Müller, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a déclaré au sujet du mariage que les paroles de Jésus étaient très claires et que « aucun pouvoir au ciel et sur la terre, ni un ange ni le pape ni un concile ni une loi des évêques ne pouvaient les changer. »
R. – « Nous pourrions entamer une belle réflexion sur ce que Jésus a vraiment dit. A l’époque, personne n’avait d’enregistreur pour collecter ses paroles. Ce que l’on sait, c’est qu’il faut remettre les paroles de Jésus dans leur contexte, elles sont exprimées avec un langage et dans un environnement précis et elles s’adressent à un public en particulier. »
QUESTION – « Mais alors, s’il faut recontextualiser et réévaluer les paroles du Christ dans leur contexte historique, elles n’ont plus de valeur absolue. »
R. – « Au cours du siècle dernier, l’Eglise a vu fleurir de nombreuses études qui cherchaient à comprendre ce que Jésus voulait dire exactement… Il ne s’agit pas de relativisme mais cela confirme que la parole est relative, que l’Evangile a été écrit par des êtres humains et reçu par l’Eglise qui est elle aussi composée d’êtres humains… Il est donc vrai que personne ne peut changer les paroles de Jésus mais il faut d’abord savoir quelle était cette parole ! »
QUESTION – « Peut-on remettre également en question l’affirmation de Matthieu 19, 3-6: « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ? »
R. – « Je me réfère à ce que dit le pape François. On ne met pas en doute, on se met à discerner… »
QUESTION – « Mais discerner, c’est faire un jugement de valeur, c’est choisir parmi différentes options. Il n’y a plus d’obligation de suivre une seule interprétation… »
R. – « L’obligation demeure, celle de suivre les résultats du discernement. »
QUESTION – « Donc la décision finale se base sur un jugement relatif à différentes hypothèses. Elle prend donc en considération également l’hypothèse que la phrase ‘ que l’homme ne sépare pas… ’ ne soit pas exactement ce qu’elle semble être. En fait, on remet en question la parole de Jésus.
R. – « Pas la parole de Jésus mais la parole de Jésus comme nous l’avons interprétée. Le discernement ne choisit pas entre différentes hypothèses mais se met à l’écoute de l’Esprit Saint qui – comme Jésus l’a promis – nous aide à comprendre les signes de la présence de Dieu dans l’histoire de l’humanité. »
QUESTION – « Mais comment discerner ? »
R. – « Le pape François discerne en suivant Saint Ignace, comme toute la Compagnie de Jésus : il faut chercher et trouver la volonté de Dieu, disait Saint Ignace. Il ne s’agit pas d’une recherche pour rire. Le discernement mène à une décision : il faut non seulement évaluer mais également décider. »
QUESTION – « Et qui doit décider ? »
R. – « L’Eglise a toujours réaffirmé la primauté de la conscience personnelle. »
QUESTION – « Donc, si ma conscience, après le discernement en question, me dit que je peux communier même si la règle ne le prévoit pas… »
R. – « L’Eglise a évolué au cours des siècles, il ne s’agit pas d’un bloc de béton armé. Elle est née, elle a appris, elle a changé. C’est la raison pour laquelle on organise les conciles œcuméniques, pour chercher à mettre au point les évolutions de la doctrine. Je n’aime pas beaucoup le mot doctrine, il évoque la dureté de la pierre. La réalité humaine est au contraire bien plus nuancée, elle n’est jamais blanche ou noire, elle est en constante évolution. »
QUESTION – « Il me semble comprendre que pour vous, la pratique du discernement ait priorité sur la doctrine. »
R. – « Oui, mais la doctrine fait partie du discernement. Un véritable discernement ne peut faire abstraction de la doctrine. »
QUESTION – « Mais il peut cependant aboutir à des conclusions différentes de celle de la doctrine. »
R. – « En effet, parce que la doctrine ne peut remplacer ni le discernement ni l’Esprit Saint. »

Ces quelques extraits se passent de commentaire tant ils contreviennent au dogme et à la Tradition. Mais il est intéressant de les rapprocher de ce que souligne Livio Melina, - ancien président de l’Institut Jean-Paul II pour les Etudes sur le Mariage et la Famille - dans sa présentation à la revue italienne Tempi, en janvier 2017, du Vademecum pour une nouvelle pastorale familiale élaboré au sein de cet Institut :

« Les auteurs rappellent opportunément comment Saint Ignace de Loyola, passé maître dans le discernement des esprits, affirmait qu’il y avait deux choses sur lesquelles il était impossible d’avoir un discernement : sur la possibilité de poser des actes mauvais déjà condamnés par les commandements de Dieu et sur la fidélité à un choix de vie déjà posé et scellé par un sacrement ou par une promesse publique. En outre, le commandement « Tu ne commettras pas l’adultère » n’a jamais été considéré comme un simple conseil par l’Eglise mais bien comme un précepte de Dieu qui n’admet aucune exception. »

« L’objectif du discernement n’est pas de contourner les lois par des exceptions mais de trouver un chemin de conversion réaliste avec l’aide et la grâce de Dieu. »

Comment un Jésuite, Supérieur de l’Ordre de surcroît, héritier de Saint Ignace, de Saint François-Xavier et de milliers de missionnaires ayant converti au Christ des continents entiers par la proclamation de l’Evangile dans toute son exigence, peut-il ainsi s’employer, dans un relativisme décomplexé, à la destruction des fondements de la foi ? Peut-être considère-t-il que l’Evangile, inspiré par l’Esprit Saint, ne contribue pas « à construire la fraternité universelle entre les hommes et les femmes de tout temps » ?

Juin 2017

1 Elu en octobre 2016 à la tête des Jésuites, Arturo Sosa Abascal est un proche ami du pape François, lui-même jésuite.
2 Repris par Sandro Magister sur son blog Settimo Cielo, traduit par Diakonos.be
3 Ibidem